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Mais qu'est-ce qu'ils font là ?

de Szabolcs Hajdu

traduit et mis en scène
par
Petra Körösi

avec Barthélémy Meridjen, Doriane Gautreau,Pauline Huruguen, François Jaulin, Manon Kneusé, Eram Sobhani 

C’est l’histoire d’une famille de classe moyenne : deux sœurs, leurs conjoints respectifs et leurs deux enfants errent dans un appartement, se croisent dans le salon. Dans cette famille tout ne tient qu’à un fil, son équilibre est extrêmement fragile. Tout le monde est à fleur de peau, chacun porte une tragédie soigneusement cachée. Des frustrations, des névroses, des angoisses, mêlées de jalousie et de compétitivité apparaissent.
Les certitudes de chacun se confrontent, se heurtent maladroitement, blessent.

 

C’est un texte très intime et profondément universel. On a affaire à une tranche de vie familiale plutôt légère en apparence ; mais cette tranche de vie nous révèle un savoir universel sur l’humain. L’auteur a créé une « fine horlogerie intimiste». Le naturalisme apparent de la pièce est nourri d’une folie sous-jacente et d’une riche théâtralité. Le réalisme de l’écriture « explose » par moment pour nous emmener vers la vie intérieure des uns et des autres en nous dévoilant leurs peurs enfouies.

Extrait du texte

ESZTER - Alors ? C’était comment ? Racontez-nous quelque chose.

ERNELLA - C’était super. Incomparable.

ESZTER - Mais en quoi c’est différent ? Ok, bien sûr, là-bas on gagne mieux sa vie…

ERNELLA - Ce n’est pas ça qui compte, mais la… comment dire… mentality ?

LOUP - Mentalité.

ERNELLA - Oui, bien sûr, la mentalité. Par exemple, le dernier jour d'école de Laura, j’ai dit à sa maîtresse, à Mrs. Williams, que c’était la dernière fois que Laura venait à l’école. La maîtresse est rentrée dans la classe et elle a commencé par dire, les enfants… Laura… pour Laura…

ALBERT - Pour Laura c’est son dernier jour dans notre école.

ERNELLA - C’est son dernier jour dans notre école. Laura vient de Hongrie, et c’est là-bas qu’elle va retourner. Elle a accroché une carte d’Europe, elle a montré où était la Hongrie, et ils ont parlé de la Hongrie toute la journée. Tu peux imaginer un prof en Hongrie faire ça spontanément avec un enfant pakistanais par exemple…

ALBERT - Ou avec un Monténégrin…

ERNELLA - Au lieu de ça, qu’est-ce qui se passe ici ? Hier à la station service, Albert demande à quelqu'un de l’emmener jusqu’à la prochaine station. Et c’est quoi la réponse ? Comment il a dit déjà ?

ALBERT - Désolé, j’suis pas taxi. ERNELLA - Désolé, j’suis pas taxi. ALBERT - Exactement comme ça…

ERNELLA - Ça l’a rendu furax, alors il nous a dit, on y va à pied.

ALBERT - J’ai pété les plombs…

ERNELLA - Mais il avait raison…

LOUP - Bon, tomber sur un con, ça ne veut pas dire que tout le monde est con. Des cons, il y en a partout.

ALBERT - Sauf qu’ici neuf personnes sur dix sont des cons, alors que là-bas il y a un con sur dix.

LOUP - Ça veut dire que là ici tout le monde est con, sauf un.